Cette année marque le 75e anniversaire de la conférence de Wannsee, où avec une précision froide et bureaucratique les dirigeants nazis ont élaboré leurs plans pour exterminer les Juifs européens. Au fur et à mesure que les années passent et que nous nous éloignons de ces événements, notre devoir de prendre du recul, de prendre le temps de se souvenir et de tirer les leçons du passé se fait d’autant plus fort. «La mémoire est devenue un devoir sacré pour tous les hommes de bonne volonté». C’est la leçon que nous avons reçue du prix Nobel de la Paix, Elie Wiesel, qui nous a quittés l’année passée après avoir consacré sa vie à être une voix des survivants des atrocités de la Shoah.

Ce devoir s’impose encore plus chaque année, alors que les survivants et témoins directs de l’Holocauste deviennent de moins en moins nombreux, laissant aux jeunes générations la responsabilité de porter un message qui ne peut pas perdre de sa force. Nous ne cesserons de dire «Nous nous souvenons»!
C’est aussi la première fois que nous nous souvenons de l’Holocauste en l’absence de l’ancien président allemand Roman Herzog, récemment disparu. C’est lui qui, en 1996, a inscrit dans le droit allemand le 27 janvier comme journée annuelle du souvenir pour les victimes de l’Holocauste. Suite à ce geste, les Nations Unies ont déclaré en 2005 la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, marquant le 60e anniversaire de la libération du camp d’extermination nazi à Auschwitz-Birkenau le 27 janvier 1945.

L’Union européenne, qui est un projet politique enraciné dans l’histoire du continent européen, partage pleinement ce devoir de mémoire. En ces temps difficiles, la mémoire n’est pas seulement un rappel du passé mais aussi une boussole pour l’avenir afin de ne pas répéter les mêmes erreurs et de ne pas tomber dans les mêmes pièges que ceux qui nous ont conduits à laisser la discrimination et la haine se propager. Elie Wiesel avait bien vu germer les dangereuses graines semées par un flot de haine grandissante et menaçante. Observateur attentif de son époque, il s’était élevé très tôt contre l’antisémitisme dont la face hideuse surgissait à nouveau en Europe.

L’histoire nous apprend que la haine peut rapidement mener à l’incitation à la violence. C’est la raison pour laquelle, rester vigilants face à l’émergence de discours de haine est une priorité pour l’Union européenne. En mai 2016, la Commission européenne a conclu un accord avec les plus grandes entreprises de l’internet et certains medias sociaux. Cet accord volontaire permet de contrôler et d’extraire, dans les 24 heures suivant leur parution, les discours haineux quand ils sont signalés. Cela vient compléter la législation européenne existante qui pénalise les actions et les propos qui font l’apologie, nient ou banalisent l’Holocauste.

Aujourd’hui les informations faussées se propagent facilement. On ne peut tolérer aucune complaisance face à la négation de l’holocauste, quelle que soit sa forme; que ce soit la négation totale de l’holocauste, son déni pur et simple – ce qui est puni par la loi – ou des formes plus insidieuses du négationnisme qui consistent à minimiser l’ampleur et la profondeur du mal que représente la Shoah, à remettre en question la pertinence de l’Holocauste pour le monde d’aujourd’hui, et à dénigrer l’Holocauste en se référant à d’autres situations.

Face à la montée de l’antisémitisme et d’autres formes de haine, face à la résurgence des incidents provoqués par la violence, la Commission européenne est déterminée à prévenir et à combattre l’antisémitisme sous toutes ses formes et à faire en sorte que les juifs puissent mener, en Europe, la vie qui leur plaît. L’Europe continuera d’être un continent de paix et de tolérance où nous construisons des ponts entre les peuples et résistons à l’intolérance et à la discrimination.

Jean-Claude Juncker
Président de la Commission européenne

Jean-Claude Juncker , Président de la Commission européenne